De la « créativité capitaliste » à la « créativité humaniste » ou comment innover librement et de ma


La Fashion Week étant là, j'avais envie de partager les questionnements et visions de créatifs et artistes passionnants que j'ai la chance de rencontrer afin d'avancer, à notre niveau, sur comment aller vers un monde plus durable.


Et si la créativité arrêtait d’être dictée par le capital (qui n’est que la conséquence), mais plutôt par l’humain ?


Et si nous arrêtions le gaspillage des talents créatifs pour arrêter le gaspillage de déchets et donc réduire l’impact négatif que certains acteurs sociaux économiques ont sur le monde ?

Et si plutôt que de bâtir nos projections du futur constamment sur le passé nous imaginions le futur en partant du présent ?


Nous sommes en plein échange lors de notre session de coaching hebdomadaire, ses yeux sont écarquillés et elle s’indigne. Elle, c’est Clothilde Dupont, une Art Director extraordinaire que j’accompagne dans la mise en place de sa stratégie de déploiement à l’international et qui est à la tête de deux marques : Neko Neko, un concept de maroquinerie modulable et Rodanthe, un concept de décoration innovant, contemporain, et eco-responsable qui utilise le potentiel des fleurs stabilisées au service des professionnels dans le luxe.


À 37 ans, elle a passé toutes les étapes dessinées par le système : styliste, designer, directrice de la création, art director. Pour moi, c’est une artiste dont la vision peut s’appliquer à n’importe quel secteur, catégorie de produit, matière (Ça aussi on en parle très souvent d’ailleurs lors de nos échanges, et on se dit même que les titres sont surtout des questions de maturité dans son travail et de confiance en soi, mais ça j'en parlerai surement dans un autre article).


Dans la construction de sa stratégie, on essaye de faire un état des lieux de ce qui marche et surtout qui sert d'abord le bien être des artistes pour s’assurer de mettre en place un cadre fertile à son déploiement. Accompagner les artistes nécessite, pour ma part, de ne pas créer un système qui les « essorent » tout en respectant la planète et ses habitants avec à la sortie, un modèle économique viable. Mais concrètement, cela veut dire quoi ?




Pour comprendre, remontons cinq ans en arrière en 2015 : c’est la sortie du Manifesto Anti Fashion de Li Edelkoort, le départ d’Alber Elbaz de la maison Lanvin, ou encore celui de Raf Simons de chez Dior et de manière générale se sont là, les premiers signes d’un système de la création qui se fissure (il y a d’autres signaux que l’on peut lier à Marc Jacobs ou John Galliano mais c’est moins flagrant, du coup je ne m’étaye pas sur ces points ici, peut-être dans un autre article ;)).

S’en est suivi des talks, festivals, prises de parole avec souvent en tête d’affiche des directeurs artistiques de grandes maisons, des CEO de marques qui dans certains cas s’indignent de la pression qu’ils subissent pour sortir leurs collections et faire en sorte que les marques soient profitables, dénoncent un système qui ne fonctionne plus ou justement illustrent par leurs actions une nouvelle voie pour traduire au mieux les visions créatives des Art Director (on peut penser à Marco Bizzarri et le travail d'adaptation à la création qu'il fait chez Gucci dans le tandem qu'il forme avec Alessandro Michele même si tout n'est pas parfait).


Le truc, c’est qu’à l’époque, la majorité des journalistes qui reprennent l’information questionnent surtout les relations et les conditions qu’érigent les acteurs sociaux économiques avec les créatifs mais cela s’arrête là. Très peu font le lien entre ces fissures à la tête et les désastres écologiques et humains associés de près comme de loin à ces fissures.


À cette époque, c’est 324,5 millions de tonnes de déchets qui ont été produites et seulement 48 millions de tonnes qui ont été traitées. Qu'est ce que cela veut dire ? Cela veut dire qu'il faut repenser la manière dont les objets sont conçus. Cela souligne l’importance de ceux qui à la base crée puisqu’ils peuvent influencer toute la chaîne, leur environnement, un écosystème, le monde.

5 ans après, lors de notre échange avec Clothilde, on s’interroge sur ce qui a changé. Pas que dans les articles et les annonces comme dans de superbes manifesto ou les 4x3 dans le métro... mais dans le coeur des organisations. Nous, on est surtout en relation avec ce que je considère être la pierre angulaire des entreprises aujourd'hui, celle qui concentre la gestion des opérations et qui interagit au quotidien avec les créatifs qui réalisent les produits, qui donne le tempo : "le middle management". Un "middle management" qui à mon sens sous-estime parfois son pouvoir énorme de faire bouger les lignes (enlever à certaines entreprises leur "middle management" et vous allez voir de quoi je parle quand je parle de pouvoir ;)).


On se demande aussi ceci : est-ce que les grandes problématiques dont tout le monde parle se transforment en actions au quotidien dans les relations entre les créatifs et les managers aux achats ou au marketing ? Est-ce qu'il y a des solutions pour faire redescendre efficacement les changements stratégiques plus bas dans l'organigramme ? (Chez Kering, il me semble que le EP&L est regardé pour chaque CEO de marque qui peut y perdre financièrement sur ses bonus / sa fiche de paye quand celui-ci est mauvais côté impact. Quid d'autres solutions plutôt côté création ?).


En clair, on se demande si l’impact environnemental et humain d’une entreprise est négatif, est-ce que cela suppose un mauvais management des designers, stylistes, directeurs de la création ou art director ? Un gaspillage des talents créatifs et artistes qui aurait un impact sur leurs créations et aussi sur le monde ? Possible.


Est-ce un problème de brief ? de compréhension du processus créatif ? De gestion de la matière première ? De communication ? De la réalisation de stocks de dessins pour assurer des besoins futurs inconnus ? De peurs ? D’un contexte économique qui pousse à la pression des uns sur les autres ? Ou tout à la fois ? Surement.


Pour une fois, demander à une Art Director qui a l’habitude de collaborer avec des "middle managers" depuis plus de dix ans ça faisait sens pour moi car elle est sur le terrain et comme elle n'est pas (encore) de notoriété publique, on peut se concentrer sur sa vision, ses propositions plutôt que pour qui elle travaille ou qui elle est.


Clothilde propose d’aller au delà de l’indignation (on en est clairement plus là aujourd'hui) et en tant que responsable des produits qu’elle crée, de changer les façons de faire en remontant avant le produit : en commençant par la vision, l'idée (chose qu'on demande rarement aux Art Director puisqu'ils viennent plutôt apposer leur souffle créatif et artistique sur des fondations éprouvées, existantes et rarement "challengeables" ou que peu de créatifs lorsqu'ils sont au sein "du système" osent / peuvent vraiment challenger).


Sa solution ? Créer de nouvelles idéologies adaptées au monde dans lequel nous sommes aujourd’hui. Après tout, on est au 21ème siècle depuis 19 ans maintenant, on est plus obligé de garder la plupart des idées et fonctionnements du 20ème, non ?


L'idéologie de Clothilde s'appelle : La créativité humaniste.


Il s'agit d'une idéologie complètement nouvelle basée sur notre capacité à 'designer' le vivre ensemble d'aujourd'hui comme étant à la croisée de l’esthétique, du design, de la liberté et de la création. L'humanisme de la renaissance replaçait l'homme au centre du monde. Et bien là, comme un nouveau niveau d'innovation (imaginez des poupées russes), plaçons en plus de cela la créativité dans les mains de l'homme et plus précisément des créatifs et des artistes. Je suis certaine que les artistes vont rarement voir les financiers ou marketeurs pour leur dire comment faire leurs tableaux ou comment investir.... Pourtant, l'artiste lui, on a du mal à lui faire confiance sur ce qu'il maîtrise le mieux et sur ce sans quoi on est tous mort : la créativité !


« Je veux dire au monde que par ou grâce à la créativité, on peut vivre une nouvelle forme de liberté, une liberté en rupture avec la pensée 100% capitaliste et moraliste actuelle. Selon moi, pour mettre fin à ce gaspillage créatif, la solution est en chacun de nous : nous devons déployer et développer notre intuition. Il faut revaloriser nos energies et nous faire confiance. Ces énergies qui ont été brimées et conditionnées par un système d’analystes qui ont du mal à ressentir et ne regardent que les chiffres. Je ne dis pas que les chiffres sont mauvais. Je pense qu'ils ne sont juste pas forcément le point de départ. Il nous faut développer notre intuition pour nous permettre de développer l’ innovation »


Je n’aurais pas pu dire mieux.


Et il est évident qu’à l’heure où nous parlons constamment d’un retour vers l’expérience, aller à la racine et comprendre les causes profondes des impacts que l’on tente de réparer demande de transformer la pensée intrinsèque de chaque être qui participe au fonctionnement des acteurs socio-économiques actuels.


L’expérience se construit à partir des valeurs, d'une culture, le tout diffusé dans chaque éléments produit par une organisation qui, in fine, forme "un lifestyle" dans lequel on se sent bien et en cohérence avec nos habitudes de vie.


Avec plaisir pour avoir votre avis en commentaire sur comment les choses se passent autour de vous et ce que vous pensez de la CREATIVITÉ HUMANISTE.


Est-ce que c'est possible selon vous ?


Au plaisir de vous lire.


À bientôt.


Laura Brown

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